Dans Edition 2001, Invité.e.s 2001
Mario Camus, Katorza, 2001

Invité de ce 11e Festival du Cinéma Espagnol de Nantes, le réalisateur espagnol était à Nantes le 9 mars.

LE CINÉMA DE MARIO CAMUS

 

LITTÉRATURE ? MOTEUR !

L’œuvre de ce cinéaste né à Santander (Cantabrie) n’est, bien évidemment, pas inconnue du public nantais des Rencontres. Mario Camus compte à son actif une trentaine de films depuis son premier long-métrage en 1963. Il a fait partie de cette génération de jeunes réalisateurs (Saura, Borau, Martin Patiño) qui, dès la fin des années 50, se propose de dépoussiérer la vieille et docile industrie cinématographique de l’Espagne franquiste. Cependant l’échec commercial de ce Nouveau Cinéma Espagnol va pousser Mario Camus vers un cinéma plus conventionnel au service duquel il met tout son talent de narrateur.

Satisfait commercialement mais frustré artistiquement il doit attendre les années 80 pour se consacrer pleinement à l’adaptation littéraire dont il deviendra rapidement un spécialiste du genre. Le succès de La ruche (La colmena – 1982) tiré de l’œuvre de Camilo José Cela et de Les saints innocents (Los santos inocentes – 1984) d’après le roman de Miguel Delibes lui valent une consécration internationale. À Berlin, l’Ours d’Or du meilleur film récompense La ruche et un double prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes est attribué à Paco Rabal et à Alfredo Landa pour leur rôle dans Les saints innocents.

Le travail de Mario Camus ne se limite pas à mettre en images le texte littéraire mais à prendre le recul nécessaire pour recréer un véritable langage cinématographique, d’une extraordinaire rigueur et agilité à la fois, sans pour autant trahir le texte d’origine. Ce « savoir-faire », unanimement reconnu, lui a permis de s’attaquer à des œuvres aussi périlleuses à adapter que La maison de Bernarda Alba (La casa de Bernarda Alba – 1987) de Federico García Lorca et tout récemment La ville des prodiges (La ciudad de los prodigios – 1999) tiré du roman homonyme de Eduardo Mendoza.

 

UN ENGAGEMENT SANS DOGMATISME

Il est difficile de dissocier ce tournant des années 70-80 dans l’œuvre de Camus des changements politiques survenus dans la période post franquiste. Camus a, lui aussi, apporté sa contribution à la reconstruction de la mémoire perdue avec certainement l’un de ses plus beaux films, Les jours du passé (Los días del pasado, 1977) qui aborde, avec sensibilité et émotion, le thème encore tabou des maquis de l’après guerre civile.

C’est avec la même sensibilité qu’il va traiter un sujet encore plus brûlant en 1993 avec son film Des ombres dans la bataille (Sombras en una batalla) dans lequel une repentie du groupe terroriste ETA, jouée par Carmen Maura, essaie d’échapper à son passé. « Un beau et courageux film » affirmait Carlos Heredero dans le quotidien Diario 16 lors de sa sortie. Courageux de défendre les victimes désignées d’un terrorisme si pudiquement traité au cinéma jusqu’à l’arrivée sur les écrans du Yoyes de Helena Taberna.

On peut d’ailleurs entrevoir une constante dans l’œuvre de Mario Camus : la défense des victimes d’un système qui détruit leur intégrité morale et physique ; que ce soit les paysans exploités par le caciquisme féodal (Les saints innocents), les intellectuels miséreux du Madrid des années 40 (La ruche), les maquisards réduits à l’état sauvage par la répression franquiste (Les jours du passé) ou encore les femmes cloîtrées dans une société machiste (La maison de Bernarda Alba). Ses personnages sont des perdants affamés, terrorisés, humiliés, mais ils ne renoncent jamais à leur dignité. Une dignité magnifiée par le talent d’un réalisateur qui réussit à opérer la subtile métamorphose de la plume de l’écrivain en caméra de cinéaste.

 

José Márquez

3 films projetés

  • Sombras en una batalla (1992)
  • Los santos inocentes (1984)
  • Los días del pasado (1977)