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Álex de la Iglesia, réalisateur de "Balada triste de trompeta"

Álex de la Iglesia :
Hommage à un réalisateur « farpait »

Vingt ans déjà. Depuis son premier long-métrage aux allures futuristes, Acción Mutante (1992), produit par les frères Almodóvar qui voyaient en ce talent « farpait » l’un des cinéastes espagnols qui allaient marquer leur époque. Une signature si singulière, une esthétique propre et un humour noir que Álex de la Iglesia n’a cessé de faire mûrir jusqu’à son tout dernier film, La chispa de la vida (2011), présenté en avant-première nationale et en ouverture de cette 22e édition.

Libre, drôle, violente, noire, déjantée, politique… difficile de ranger l’œuvre du réalisateur basque dans une communauté ou dans un genre. Tant elle dérange. Tant elle risque et cherche à échapper à toute étiquette. De la dizaine de longs-métrages imaginés et réalisés depuis l’aube des années 90 transpire une envie de regarder ses contemporains à travers des prismes peu communs. Classer Álex de la Iglesia dans le cinéma dit « de genre » serait poser des frontières qu’il semble justement vouloir briser. Et ce, depuis Mirindas asesinas (1991), son court, le seul, celui repéré par les frères Almodóvar qui, il y a tout juste vingt ans, décidaient ensuite de produire, via la société El Deseo, son premier long-métrage : Acción Mutante (1992). Et, déjà, au cœur du propos : les barjes, les marges, la critique du pouvoir, de l’argent et des médias. Déjà, cette liberté de ton et de style que la bande-dessinée permet et que son cinéma transcende. Déjà, cette force dans les images.

Álex de la Iglesia n’a pas alors trente ans quand le cinéma espagnol découvre son nouveau prodige. Du genre à dessiner des personnages étranges en cours de maths. À dévorer des films américains et à camper dans les cinéclubs. À réunir quatre ans plus tard un million de spectateurs pour célébrer Le jour de la Bête (1995), succès populaire mais aussi critique qui le fait connaître auprès du public français grâce, notamment, au Prix qu’il décroche au Festival de Gérardmer, rendez-vous hexagonal incontournable du genre. Un deuxième opus qui réunit de nouveau Álex Angulo et Santiago Segura et confirme le goût prononcé du réalisateur pour la transgression et l’humour noir.

Poussières dans l’œil

Diabolique, l’autre duo formé par Rosie Pérez et Javier Bardem l’est tout autant dans Perdita Durango (1997). Álex de la Iglesia goûte ici à un road movie sanglant inspiré du Sailor et Lula de David Lynch. De désert en désert, du Mexique à l’Andalousie, sa caméra se pose alors dans la poussière du village en carton-pâte de Texas-Hollywood (800 balles, 2002). Histoire de revisiter le western-spaghetti avec un peu plus de sauce piquante et de dénoncer en toile de fond la spéculation immobilière qui aujourd’hui fait mordre la poussière à nombre de ses compatriotes. Mais c’est un tout autre couple absurde qui crève l’écran dans Le Crime farpait (2004) et connaît un joli succès de ce côté-ci des Pyrénées : l’ambitieux Rafael (Guillermo Toledo) et Lourdes (Mónica Cervera), la mariée subie. Avec, bien sûr, derrière le projet machiavélique du chef de rayon une manière de pointer du doigt les travers de l’arrivisme et des grandes entreprises.

Cirques médiatiques

Mais la messe n’est pourtant pas encore dite et les duos infernaux ne cessent d’habiter la filmographie de celui qui, à dix ans déjà, imaginait sa première bande-dessinée. Morts de rires (1999) convoque tous les ingrédients chers à Álex de la Iglesia : le burlesque, la critique sociale, les rapports entre victimes et bourreaux… et deux de ses acteurs fétiches, Santiago Segura et Álex Angulo. Dans cette comédie sombre, deux clowns sont contraints à se supporter et à s’affronter. Une dialectique également au cœur du dernier long-métrage connu du public français, Balada triste (2010), présenté en avant-première à Nantes lors de notre précédente édition et accueilli par des spectateurs grimés d’un nez rouge… Primée à la Mostra de Venise, cette ballade meurtrière l’emmène sur le terrain de l’Histoire de l’Espagne, de ses contradictions, de ses schizophrénies. Pas si loin de l’univers que le réalisateur construit et déconstruit depuis maintenant deux décennies. Jusqu’à ce début 2012, si ressemblant à celui prédit dans Acción Mutante, rongé par l’argent, le pouvoir et les médias. Autant de totems que La chispa de la vida convoque dans une comédie tout aussi noire que les précédentes et qui vilipende le monde du spectacle sur fond de crise économique. L’ensemble porté bien sûr par un autre duo improbable composé du populaire comique espagnol José Mota et de la star américano-mexicaine Salma Hayek.

Alors, devant une filmographie aussi hétéroclite qu’incontournable, explosive d’un bout à l’autre, le Festival du Cinéma Espagnol de Nantes propose une balade avec fanfares et trompettes. Une sélection de six de ses films qu’il présentera aux Nantais dans un vibrant hommage. À Nantes, dans une ville qu’il chérit et auprès d’un public qu’il rencontrera à nouveau au détour d’une salle obscure.

Ne nous reste plus qu’à souhaiter la bienvenue à notre cher voisin.

 

Rétrospective proposée pour la 22e édition

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