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Invité de ce 10e Festival du Cinéma Espagnol de Nantes, le réalisateur espagnol était à Nantes le 11 mars.

LE CINÉMA DE CARLOS SAURA

Carlos Saura qui a souvent déclaré qu’il n’aurait jamais pu continuer à faire du cinéma dans son pays sans le succès de ses films à l’étranger, semble être moins à la mode actuel­lement que dans les années soixan­te-dix et quatre-vingts. Cependant le succès international de son dernier film musical, Tango, nominé aux Oscars en 1998, est venu rappeler qu’il reste bien, après qua­rante années de carrière, l’un des plus grands cinéastes européens.
Son œuvre qui avait commencé à être connue dès 1959, à l’occasion de la sélec­tion de son premier long-métrage, Los Golfos, pour le Festival de Cannes, est abondante, puis­ qu’elle se compose déjà de trente titres, et protéiforme. Saura a toujours revendiqué en effet le droit de ne pas s’en tenir à un seul style, et il a constamment cherché à se renou­veler, tout en s’adaptant tant bien que mal aux circonstances difficiles d’une société où chaque tournage était une vraie aventure.

Il est piquant de constater par ailleurs que l’on trouve, dès ses pre­mières œuvres, la dénonciation du machisme qu’il va poursuivre tout au long de sa carrière. Ce machis­me, encouragé à l’époque par l’idéologie du régime, lui semblait d’autant plus absurde que, comme il le déclarait à propos de l’un de ses films, Pajarico (1997), il est persuadé qu’en général les femmes sont plus intelligentes et que ce sont elles qui habituellement manipulent la vie des autres. Cette supério­rité des personnages féminins se manifeste, par exemple, dans des films aussi divers que La cousine Angélique (1973), Cría Cuervos (1975), Elisa vida mía (1977), Vivre vite (1980), Antonieta (1982), Carmen (1983), ¡Ay Carmela! (1990), et Taxi (1996).
Militant anti-franquiste, Carlos Saura est sans nul doute le cinéaste qui a réussi à aller le plus loin dans la contestation du régime, grâce à son talent pour évoquer les problèmes d’une façon détournée, afin de déjouer la censure. Il a également eu la chance de pouvoir compter sur l’appui sans faille d’un pro­ducteur exception­nel, Elias Querejeta, avec lequel il a tourné, de 1964 à 1981, pas moins de 13 films : La chasse (1965), Peppermint frappé (1967), Stres es tres, tres (1968), La madriguera (1969), Le jardin des délices (1970), Anne et les loups (1972), La Cousine Angélique (1973), Cría Cuervos, Elisa mon amour (1977), Les Yeux bandés (1978), Maman a cent ans (1979), Vivre vite (1980), Doux moments du passé (1981).
En 1980, Saura revient aux deux genres qu’il avait abordés à ses débuts, le cinéma urbain à base documentaire et le cinéma histo­rique. Dans Vivre vite (1980), Ours d’Or au Festival de Berlin et gros succès commercial, il montre le nouveau visage de la jeunes­ se délinquante dans le Madrid des années 80.
Il va réaliser plus tard deux autres films de la même veine : Dispara (1993), coproduction hispa­no-italienne avec en vedette Francesca Neri et Antonio Banderas, et Taxi (1991) qui révéla la jeune actrice Ingrid Rubio.

Le retour au cinéma historique a lieu en 1982 lorsque la maison de production Gaumont proposa à Saura de tourner Antonieta, en coproduction avec le Mexique, à partir d’un scénario écrit par Jean-Claude Carrière sur la vie d’une femme hors du commun…
Par bonheur, Saura, qui produit énormément, renoua très vite avec le succès, dès l’année suivante, avec ¡Ay, Carmela!, l’extra ordinaire tragi-comédie qu’il situe en 1938, au cœur de la guerre civile et où il accomplit un travail de direction d’acteur tout à fait remarquable.
La dernière œuvre qu’il vient de tourner en 1999 sur la vieillesse de Goya dans son exil bordelais, était un projet qui lui tenait extrêmement à cœur et sur lequel il travaillait depuis de nombreuses années, poussé par son admiration pour ce génie qui avait également influencé son frère, le peintre Antonio Saura.

 

Emmanuel Larraz
Professeur, Université de Dijon

Carlos Saura, Premio Julio Verne 99

Carlos Saura fue premiado el año pasado en los Rencontres du Cinéma Espagnol de Nantes con el premio Jules Verne por su película « Pajarico ». En esta décima edición su presencia va a ser también intensa porque vamos a poder ver cinco de las películas más importantes de su extensa filmografía. Saura es aragonés como Segundo de Chomón, Florián Rey y Luis Buñuel. Nació en Huesca en 1932 y aunque era sólo un niño cuando estalló la Guerra Civil, afirma que esa « es posiblemente la época de mi vida de la que me acuerdo con más precisión ». La rabia y la violencia presentes en « La caza » (1965) no son ajenas a la contienda iniciada en el 36.

Con « La caza » aparece en su obra la figura del productor Elías Querejeta, con el que trabajará hasta 1981 en una relación con notables puntos de encuentro tanto en los temas como en la estética. Precisamente el productor donostiarra está también tras el proyecto de « Cría cuervos » (1975), donde a través de la mirada limpia e intrigante de la niña Ana Torrent, Saura nos descubre un universo familiar por el que ya había mostrado interés en lo que Marcel Oms ha llamado su trilogía de la familia (« El jardin de las delicias » « Ana y los lobos » y « La prima Angélica »). En 1982 rueda « Antonieta », que parte de la novela corta de Andrés Henestrosa; Saura escribe el guión junto a Jean-Claude Carrière y otorga el papel protagonista a Isabelle Adjani, en una película que persigue la reconstrucción de la odisea de una mexicana que se suicida en 1931 en Notre-Dame.

Ya con Andrés Vicente Gómez en la producción y tras grandes inversiones como la de « El Dorado » (1987), Saura lleva a las pantallas una obra dramática de José Sanchis Sinisterra adaptada de manera muy libre y que llevará por título ¡Ay Carmela! »(1990). Un reparto desta cable encabezado por Carmen Maura, Andrés Pajares y Gabino Diego, y una historia de humillación política resaltada por populares números musicales, hicieron de ella un éxito en la taquilla.

En su última película « Goya en Burdeos’ (1999), Carlos Saura da vida al genio aragonés de la pintura Francisco de Goya y Lucientes. La puesta en escena está íntimamente ligada a la pintura de Goya y tiene en la fotografía de Vittorio Storaro uno de sus puntos de apoyo más logrados. La Academia del Cine Español concedió cinco premios Goya a la película de Saura: por supuesto, la fotografía de Storaro y la interpretación de Francisco Rabal, pero además, la dirección artística, el diseño de vestuario y el maquillaje y peluquería.

 

Josean Fernández

Todo sobre mi madre (1999)