Faire Festival

Parler du Festival en cette édition 2026, c’est rappeler l’accès à la culture pour tous, les politiques publiques, les horizons d’attente des spectateurs, la contribution des bénévoles qui s’identifient à cet événement, mettant en valeur leur enracinement local. C’est également parler des salles qui nous accueillent, des partenaires publics et privés… C’est au sein de ces interactions sociales et territoriales que se trouvent certains des terreaux de création artistique ou d’innovation culturelle que nous proposons chaque année.

Espaces filmés et partagés

Dans cette époque d’aveuglement, le cinéma espagnol (toutes générations confondues), nous met à l’écoute de la communauté-monde, il illustre, à travers chaque film ses griefs, ses complaintes, pose sur elle ses questions et y cherche des réponses à coup d’images, de voix…

La nouvelle énergie de la cinématographie espagnole

Le cinéma espagnol a marqué 2025 par sa vigueur, entre succès à l’international (présence régulière sur les écrans français depuis septembre), Prix remportés dans les plus grands Festivals (Cannes, Berlin, San Sebastián) et sélection aux Oscars (Sirat, Ciudad sin sueño, Sorda), émergence de voix nouvelles (Eva Libertad, Carolina Yuste, Avelina Prat…), présence incontournable de cinéastes confirmés (Aitor Arregi, David Trueba et Isabel Coixet dont le film Trois adieux, tourné en italien, ouvrira cette édition).

Fort heureusement, le succès n’est pas seulement une question de quantité. Il s’attache aussi à certains marqueurs de reconnaissance : le cinéma d’auteur, incarné cette année encore par des figures de jeunes réalisatrices, Carla Simón, Celia Rico, Alauda Ruiz de Azúa.

Le succès, cela peut être le couronnement public de toute une œuvre, celle du réalisateur Rodrigo Sorogoyen, invité d’honneur de cette 35e édition. Nommé aux Oscars pour son court métrage Madre, détenteur de six Goya et du César au Meilleur film étranger pour As Bestas. Comme d’autres réalisateurs espagnols avant lui, Luis Buñuel, Carlos Saura, Fernando Trueba, Jaime Rosales, il a construit, à travers certains de ses films, un lien étroit avec la France, passeur entre les deux cultures et les deux regards cinématographiques.

La marque de la vigueur du cinéma espagnol actuel, c’est également l’incroyable vivacité qui agite la création sérielle de l’Espagne avec au programme : Yakarta de Diego San José qui voit le retour à Nantes du réalisateur et de l’acteur Javier Cámara, et la série de Isabel Coixet, Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi, présentée par la réalisatrice et l’actrice Liv Henneguier.

Traces et empreintes

Deux cycles jalonnent la programmation de la 35e édition :

« Récits littéraires, récits cinématographiques. De la porosité entre les genres ».

Si la fameuse « caméra-stylo » d’Alexandre Astruc pensait encore le cinéma à travers le prisme du littéraire, les deux expressions, quelques années ou décennies après la rupture du Nouveau Roman et de la Nouvelle Vague, adoptent désormais les mêmes schémas de bouleversement des formes classiques du récit. Des écrivains et des cinéastes seront présents pour échanger sur ces allers-retours entre les deux genres.

« 1936-2026. Regards pluriels et contemporains sur la Guerre d’Espagne ».

2026 marque les 90 ans du début de cette guerre qui commença le 18 juillet 1936. Ce conflit appartient à la fois au passé et au présent, tant il continue d’imprégner les débats sur la vie politique espagnole. L’historien Julián Casanova reviendra sur ses origines, son déroulement et ses conséquences sur le plan national et international. Les combats de la plume et de la caméra furent aussi violents que ceux des armes, les récits et les films proposés lors de ce cycle seront là pour en témoigner… Une exposition de photos de Philippe Gaussot permet de suivre, par ailleurs, le premier grand exode de population en Europe occidentale au XXe siècle qui eut lieu à la fin de la guerre. Mettre en valeur les traces intimes de ces itinéraires, c’est les faire rentrer dans la mémoire collective de l’Espagne et de la France.

Il nous tarde de partager avec vous ces émotions et ces découvertes.

Pilar Martínez-Vasseur
Co-directrice du Festival