LEGION D HONNEUR PILAR MARTINEZ VASSEUR-

 

REMISE DES INSIGNES DE CHEVALIER
DANS L'ORDRE NATIONAL DE LA LÉGION D'HONNEUR
À MADAME PILAR MARTÍNEZ-VASSEUR

 

Le lundi 9 octobre 2017, Monsieur Jean-Marc Ayrault, ancien Député-Maire de Nantes, ancien Premier Ministre, remettra les insignes de chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur à Madame Pilar Martínez-Vasseur, enseignante-chercheuse en histoire et civilisation de l'Espagne contemporaine et co-directrice du Festival du Cinéma Espagnol de Nantes.

 

MERCI

Je suis consciente de l'honneur que la France, mon pays d'accueil, me fait en m'accordant cette récompense que je reçois au nom de vous tous.
Historienne de formation, l'essentiel de mon travail a consisté - et consiste - à faire, écrire, transmettre l'Histoire de « ceux qui l'ont faite », des grands noms qui sont au cœur d'un passé ancré dans le contemporain, mais aussi, alors que j'ai eu la chance d'ouvrir cette discipline première à la fiction (la littérature et le cinéma), une autre approche de l'Histoire s'est imposée à moi. Il s'agit de l'Histoire de ceux qui ne la font pas, de ceux qui la subissent, de cette Histoire qui se cache dans les « plis de l'Histoire » et que la fiction, comme l'a écrit Marc Ferro, notre maître, montre avec densité et pertinence.
L'Histoire, nous le savons, c'est l'espace et le temps. Je suis née à Jaca (en Aragon, dans les Pyrénées), à la frontière avec la France. Je me pense, « rétrospectivement », comme quelqu'un « de frontière ».
A la fin de mes deux Licences, dans les années 70 [sous le Franquisme], voulant entreprendre un Mémoire en Histoire contemporaine, et ce alors que les Archives étaient fermées, mes professeurs d'Histoire et de Français m'ont proposé de partir en France « m'aérer », m'ont-ils dit, volontairement dans une ville « où il n'y avait pas d'espagnols », ce pour faciliter mon intégration. La ville choisie fut Nantes.
Il me faut ici rendre un hommage appuyé à mon père, père de quatre filles, et alors qu'il n'avait pas eu lui-même accès à un enseignement supérieur, il nous a toujours transmis une valeur essentielle à ses yeux, la seule qui comptait pour lui : « s'en sortir par l'éducation ». J'allais donc au fil du temps, poursuivre ma formation en France avec un nouveau parcours, cette fois en Sciences Politiques, discipline dans laquelle j'entrepris la rédaction d'une Thèse, ce pour emprunter un chemin « complémentaire » à mon parcours en Histoire. Ma Thèse porte sur le Franquisme et les Forces Armées. Je suis devenue en quelque sorte « madame armée » dans l'Hispanisme, ce qui devait contraster fortement avec ma passion pour le cinéma, justement née de la consultation des archives de la Cinémathèque espagnole de Madrid qui conservait de nombreux films réalisés sous le franquisme et qui accordaient une place prépondérante à l'armée... La recherche sur l'armée me conduisit, logiquement, à un travail plus approfondi sur les rapports entre histoire et cinéma à partir desquels je bâtirai une partie de mes enseignements, de ma recherche et... le Festival de cinéma espagnol de Nantes.
La communauté de vie que la France de l'intégration m'a apprise, à mon arrivée dans ce pays, m'enseigne la précieuse diversité de l'espèce humaine et la stimulante variété de ses idiomes et de ses cosmogonies. Elle m'a appris et je voudrais que mon pays d'accueil ne l'oublie pas aujourd'hui, à jouir du privilège de faire « Le tour d'un jour en quatre-vingt mondes », comme dans le récit de l'écrivain Julio Cortazar, à passer du Pakistan à l'Inde, de la Turquie au Magreb sans sortir de l'hexagone, à toujours additionner, selon le précepte de ce catalan universel nommé Gaudi.

Merci à tous. Vous faites partie de cette Histoire qui, commune, est récompensée par cette distinction.

Avec ma plus sincère amitié.
Pilar